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JACQUES DE WARNESBERG, FRÈRE DE JEAN LE JUSTICIER, 1268.
ORIGINE ET SUITE DES SIRES DE RAVILLE, SEIGNEURS DE WARNESBERG.
Le château et les sires de Warsberg
par L'Abbé CHATELEIN
Mémoires de l'académie de Metz 1881-1882 |
Référence dans l'ouvrage |
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À la fin du treizième siècle , il y avait deux châteaux voisins , du nom de Warnesberg, comme nous le verrons plus loin ; à la vieille Warnesperg, dont il est seulement question maintenant , nous trouvons encore deux familles du même nom. Et ce qui rend la confusion presque inévitable, c'est qu'il y a simultanément deux sires de Warnesberg, du nom de Jacques, qu'ils ont chacun un fils du nom de Jacques et un petit‑fils du nom de Jean. Ce sont les mêmes personnages, dira‑t‑on; mais ce serait une erreur : il est certain qu'il faut les distinguer. L'un des deux est frère de Boémond, archevêque de Trèves, l'autre est frère de Jean le Justicier, voué de Chancey ; le premier est un Warnesberg au sautoir, le second un Warnesberg aux chevrons; celui‑là est un descendant de Boémond de Sarrebruck et de Roric d'Albe, celui‑ci forme un point de repère dans la famille de Raville.
Raville est un village situé sur la Nied allemande, entre Faulquemont et Boulay. Il y avait autrefois, sur les bords de la rivière, un château fort, dont les derniers vestiges ont disparu lors de la construction |
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du pont. Raville a donné son nom à une des familles les plus puissantes et les plus considérables de la Lorraine allemande. L'origine de cette famille se perd dans les premiers temps du moyen‑âge. Les rapports établis entre Raville, Hombourg et Longeville nous portent à croire qu'elle sortait; des comtes de Lunéville, parmi lesquels nous trouvons Folmar, voué de Longeville en 1121; et peut‑être ne serait‑il pas téméraire de remonter jusqu'à Arnold même, père de saint Arnould, et fondateur de cette abbaye, qui dut confier à ses héritiers la mission de la défendre et de la protéger. Robert de Raville est cité en 1121 avec le comte Folmar et Conon de Hombourg ; en 1142 apparaît Anselmus de Roldingen; en 1165 Robertus de Roldinga rend à l'abbaye de Longeville les dîmes de Raville dont il s'était injustement emparé ; en 1170 nous trouvons Isambardum et Anselmum de Raville (1). Nous ne parlerons ici des sires de Raville que dans leurs rapports avec Warnesberg.
En 1250, sire Thiry de Raville et sire Robert, son frère, déterminent, après une longue guerre entre eux, les héritages qu'ils ont à Raville (2). Nous retrouverons sire Thiry, Lige des sires de Mengen. Robert de Raville est châtelain de Warnesberg, miles de Warnesperch; il est père de Jean le Justicier, de Thierry de Warnesberg, abbé de Saint Mathias, de Robert, abbé de Sainte‑Marie‑ aux ‑ Martyrs, et de Simon, grand prévôt de la cathédrale (3). Mais il avait encore un autre fils, Jacques de Warnesberg |
- Archives de l'abbaye de Longeville.
- Archives de Reinach, n° 397. Il y a erreur de date (1350, au lieu de 1250).
- Voir plus haut, chapitres III, et IV
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, par qui sera continuée la branche aînée de la maison de Raville.
L'existence de ce personnage et sa distinction d'un autre Jacques de Warnesberg résultent de plusieurs documents que nous allons citer. Nous avons déjà vu qu'en 1258, Henri, comte de Deux‑Ponts, donna à tenir franchement, sans hommage ni autre droiture, au seigneur Jean de Warnesberg, voué de Chancey, tout ce que le sire Jacques, son frère, et lui tenaient au château de Warnesberg et en la montagne (1). Nous trouvons dans les archives de Villers‑Bettnach, à la date de 1281, un témoignage du duc Ferry III, pour la moitié de la vouerie de Chancey que Jean de Warnesberg, son justicier, avait donnée à son frère (2). Ce ne pouvait être que Jacques de Warnesberg, dont les descendants, sires de Raville, ont en effet possédé une partie du ban de Chaussy. C'est lui sans doute aussi le sire Jaques de Warnesberg qui achète en 1267 de messire Willaume, voué de Domèvre, et de daine Odélie, sa femme, et quelques années après, de Poincignon , fils de feu Jean le truant, et de Symonate, sa femme, tout ce qu'ils possèdent « en la viez Hombore (Hombourg ‑ I'Evêque), à Makestat (Maxstadt), à Hoxeim (Hochst), à Olvenges, à Wiqneules et à Waldenges. En conséquence de cet achat, Jacques est devenu vassal de l'évêché de Metz (3). Il mourut en 1290, date à laquelle nous le trouvons indiqué dans le nécrologe de Wadgasse, et laissa un fils du même nom que lui.
En 1300 Jacques de Warnesperg, chlr., fils de |
- Dufourny, Inv. lorr., Il, p. 402.
- Revue d'Austrasie, ann. 1857, p 247
- Archives de Reinach, 7, 8, 15.
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« feu sgr. Jacques, » reconnaît qu'il est devenu homme lige devant tous hommes, après l'évêque de Metz , à noble prince Ferry, duc de Lorraine, et a reçu pour lui et ses hoirs à tenir en fief et hommage, la ville de Benestroff, les hommes, femmes, ban et justice etc. ; le duc lui a encore donné le petit étang qu'il avait à Warnesberg, sous la grange de feu seigneur Jean de Rozières, et cent soixante livres de bons messeins pour six mois de garde qu'il doit au château de Moersperg. Ses héritiers tiendront ces choses après lui (1).
Jacques de Warnesberg était mort en 1322. A cette date, « lou vanredy après le Chandelour, Lucie, dame de Bainestorf, femme signour Jacques chevalier et sire de Wernesperch qui fuit, et Jehan fils loudit signour Jacques chivallier et de dame Lucie, » assignent à l'église et au couvent de Longeville dix sols de cens sur leur alleu de Cocheren, pour célébrer leur anniversaire (2). Lucie dut parvenir à un age très avancé, puisqu'elle vivait encore en 1352. A cette date, elle fait un testament qui porte que « dame Lucie, femme messire Jaike de Warsperch chevalier qui fuit, » élit sa sépulture en l'abbaye de Saint‑Martin de Glandières, en la chapelle où sa fille Lyse et autres de ses amis gisent; elle fait différentes donations « per lou conseil de « Comtasse sai domexelle, » et institue ses exécuteurs testamentaires a son très chier awelet (petit fils) Jaikes de Raville, chev., » et Symon, curé |
- Dufourny, Inv. Lorr., II, 408. – L. c., Bitche, Castres N° 34. La seigneurie de Benestroff appartiendra a aux sires de Raville.
- Cartulaire D de Longeville, p. 287.
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de Benestorf (1). Ainsi, les sires de Raville, après avoir porté pendant plusieurs générations le nom de Warnesberg, reprirent l'ancien nom de leur famille.
Jean, fils de Lucie, nommé plus haut, paraît déjà en 1313 ; il est appelé indifféremment des noms de Warnesberg, Raville, ou Benestroff. Il paraît, par une fondation qu'il fait à l'abbaye de Longeville «( quia pium est et sanctum pro diefuneuis exorare et pias eleemosinas erogare »), que son épouse Jeannette était déjà morte en 1317 ; ce serait bien longtemps avant sa belle‑mère , mais il est possible qu'il y ait là une erreur de date (2). En 1337, il y a encore des lettres de Jeannette, dame de Warnesberg, qui déclare engager à Jean de Forpach, chevalier, seigneur de Warnesberg, « son bruel derrière le village de Gros‑Selingen » (3). Jean de Raville mourut avant 1343, laissant Jacques de Raville qui continua la descendance, Isambard de Raville (4) qui n'eut pas de postérité, Jeannette de Raville qui épousa Jean de Forpach, et probablement Ydatte et Ysabel de Raville qui sont citées parmi les pucelles de dessusles‑murs à Metz.
Les sires de Raville ont occupé plus tard les emplois les plus distingués du Luxembourg, tels que ceux de justicier des nobles et de maréchal héréditaire; cette dernière charge, attachée au fief de Densborn, était passée, en 1381, dans la maison de Raville, par le mariage de Jean III de Raville avec Anne de Daun |
- Cartulaire E de Longeville (série H, 1043).
- Cariulaire D de Longeville p. 272
- Archives de Reinach, n°250. ‑ Grucelingen, ancien nom du village de Warsberg.
- Archives de Reinach, n°301
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héritière du fief de Densborn. Les autres alliances sont Dagstoul , Milleberg , Sierk , Autel, Manderscheidt, Haussonville, Larochette, Runkel, Bassompierre, Metternich , etc. Par ces alliances, les sires de Raville sont devenus successivement seigneurs de Benestroff, Dagstoul, Daun, Densborn, Septfontaines, Ansembourg, Hollenfeltz, Reckange, Varize, etc. Ils conservèrent longtemps aussi leur part à la Vieille‑Warnesberg. En 1355, Jacques de Raville est au nombre des seigneurs qui signent le bourgfride de Warnesberg. En 1411, les frères Georges, Jean et Jacques de Raville promettent de s'indemniser entre eux pour les bâtiments que l'un pourrait avoir de plus que l'autre dans les châteaux de Raville , Benestorff et petit Vasperg (1). En 1688, la comtesse de Créhange déclare , dans son dénombrement, la moitié de Varsberg, ainsi que Diederich de Raville le possédait (2).
La famille de Raville fournit un prince évêque à Spire, Henri‑Hartard, qui mourut en 1719. Elle s'éteignit elle‑même à la fin du siècle dernier dans la personne de Jean‑Philippe, baron de Raville, qui ne laissa que sept filles.
Les sires de Raville portaient primitivement : de gueules à trois chevrons d'argent. Ce blason est celui qui se trouve sur les sceaux de Jean de Warnesberg, le justicier, en 1271, d'Isambard de Raville, en 1337 (3), de Jean de Raville, seigneur de Benestorf, en 1385 (4). Il est indiqué par l'armorial de Callot. |
- Dufourny, Inv lorr., t. VI , p. 200.
- Notice sur Créhange, par G. Boulangé.
- Dufourny, Inv. lorr., II, p. 890.
- G. Boulangé, Notice sur Raville, mém. Acad. 1853
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Jacques de Raville, écuyer, portait en 1344 sur le blason de sa famille un petit écu au sautoir, à cause d'Agnès de Dagstoul, son épouse (1). La maison de Raville porta plus tard : écartelé au premier et au quatrième de gueule à trois chevrons d'argent, au deuxième et au troisième de gueules à la croix ancrée d’argent. (2). Ce blason est conservé sur la pierre tombale d'Irmengarde de Raville à Créhange (3). Le Simple crayon de la noblesse des Duchés de Lorraine et de Bar, par J. Coyon, indique une légère différence ; il porte au premier et au quatrième: d'argent à trois chevrons de gueules.
On peut voir pour la suite de l'histoire de Raville :
la Notice de G. Boulangé, que nous venons de citer;
la Généalogie de la maison de Raville, par E. d’Huart de la Société de Luxembourg, 1851 (cette généalogie est inexacte dans les premiers degrés);
et surtout les Archives de Reinach, qui renferment un grand nombre de documents concernant la maison de Raville. |
- G. Boulangé, mém. Acad. l853.
- Bertholet, Histoire du Duché de Luxembourg, VI, p. 138.
- G. Boulangé, Notice sur Créhange, ibid.
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